French Literature

Le Peuple by Jules Michelet

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INTRODUCTION
À M. EDGAR QUINET

Ce livre est plus qu’un livre; c’est moi-même. Voilà pourquoi il vous appartient.

C’est moi et c’est vous, mon ami, j’ose le dire. Vous l’avez remarqué avec raison, nos pensées, communiquées ou non, concordent toujours. Nous vivons du même cœur… Belle harmonie qui peut surprendre; mais n’est-elle pas naturelle? Toute la variété de nos travaux a germé d’une même racine vivante: «Le sentiment de la France et l’idée de la Patrie.»

Recevez-le donc, ce livre du Peuple, parce qu’il est vous, parce qu’il est moi. Par vos origines militaires, par la mienne, industrielle, nous représentons nous-mêmes, autant que d’autres peut-être, les deux faces modernes du Peuple, et son récent avènement.

Ce livre je l’ai fait de moi-même, de ma vie, et de mon cœur. Il est sorti de mon expérience, bien plus que de mon étude. Je l’ai tiré de mon observation, de mes rapports d’amitié, de voisinage; je l’ai ramassé sur les routes; le hasard aime à servir celui qui suit toujours une même pensée. Enfin, je l’ai trouvé surtout dans les souvenirs de ma jeunesse. Pour connaître la vie du peuple, ses travaux, ses souffrances, il me suffisait d’interroger mes souvenirs.

Car, moi aussi, mon ami, j’ai travaillé de mes mains. Le vrai nom de l’homme moderne, celui de travailleur, je le mérite en plus d’un sens. Avant de faire des livres, j’en ai composématériellement; j’ai assemblé des lettres avant d’assembler des idées, je n’ignore pas les mélancolies de l’atelier, l’ennui des longues heures…

Triste époque! c’étaient les dernières années de l’Empire; tout semblait périr à la fois pour moi, la famille, la fortune et la patrie.

Ce que j’ai de meilleur, sans nul doute, je le dois à ces épreuves; le peu que vaut l’homme et l’historien, il faut le leur rapporter. J’en ai gardé surtout un sentiment profond du peuple, la pleine connaissance du trésor qui est en lui: la vertu du sacrifice, le tendre ressouvenir des âmes d’or que j’ai connues dans les plus humbles conditions.

Il ne faut point s’étonner si, connaissant autant que personne les précédents historiques de ce peuple, d’autre part ayant moi-même partagé sa vie, j’éprouve, quand on me parle de lui, un besoin exigeant de vérité. Lorsque le progrès de mon Histoire m’a conduit à m’occuper des questions actuelles, et que j’ai jeté les yeux sur les livres où elles sont agitées, j’avoue que j’ai été surpris de les trouver presque tous en contradiction avec mes souvenirs. Alors, j’ai fermé les livres, et je me suis replacé dans le peuple autant qu’il m’était possible; l’écrivain solitaire s’est replongé dans la foule, il en a écouté les bruits, noté les voix… C’était bien le même peuple, les changements sont extérieurs; ma mémoire ne me trompait point… J’allai donc consultant les hommes, les entendant eux-mêmes sur leur propre sort, recueillant de leur bouche ce qu’on ne trouve pas toujours dans les plus brillants écrivains, les paroles du bon sens.

Cette enquête, commencée à Lyon, il y a environ dix ans, je l’ai suivie dans d’autres villes, étudiant en même temps auprès des hommes pratiques, des esprits les plus positifs, la véritable situation des campagnes si négligées de nos économistes. Tout ce que j’amassai ainsi de renseignements nouveaux qui ne sont dans aucun livre, c’est ce qu’on aurait peine à croire. Après la conversation des hommes de génie et des savants très spéciaux, celle du peuple est certainement la plus instructive. Si l’on ne peut causer avec Béranger, Lamennais ou Lamartine, il faut s’en aller dans les champs et causer avec un paysan. Qu’apprendre avec ceux du milieu? Pour les salons, je n’en suis sorti jamais sans trouver mon cœur diminué et refroidi.

Mes études variées d’histoire m’avaient révélé des faits du plus grand intérêt que taisent les historiens, les phases par exemple et les alternatives de la petite propriété avant la Révolution. Mon enquête sur le vif m’apprit de même beaucoup de choses qui ne sont point dans les statistiques. J’en citerai une, que l’on trouvera peut-être indifférente, mais qui pour moi est importante, digne de toute attention. C’est l’immense acquisition du linge de coton qu’ont faite les ménages pauvres vers 1842, quoique les salaires aient baissé, ou tout au moins diminué de valeur par la diminution naturelle du prix de l’argent. Ce fait, grave en lui-même, comme progrès dans la propreté qui tient à tant d’autres vertus, l’est plus encore en ce qu’il prouve une fixité croissante dans le ménage et la famille, l’influence surtout de la femme qui, gagnant peu par elle-même, ne peut faire cette dépense qu’en y appliquant une partie du salaire de l’homme. La femme, dans ces ménages, c’est l’économie, l’ordre, la providence. Toute influence qu’elle gagne, est un progrès dans la moralité[1].

Cet exemple n’était pas sans utilité pour montrer combien les documents recueillis dans les statistiques et autres ouvrages d’économie, en les supposant exacts, sont insuffisants pour faire comprendre le peuple; ils donnent des résultats partiels, artificiels, pris sous un angle étroit, qui prête aux malentendus.

Les écrivains, les artistes, dont les procédés sont directement contraires à ces méthodes abstraites, semblaient devoir porter dans l’étude du peuple le sentiment de la vie. Plusieurs d’entre eux, des plus éminents, ont abordé ce grand sujet, et le talent ne leur a pas fait défaut; les succès ont été immenses. L’Europe, depuis longtemps peu inventive, reçoit avec avidité les produits de notre littérature. Les Anglais ne font plus guère que des articles de revues. Quant aux livres allemands, qui les lit, sinon l’Allemagne?

Il importerait d’examiner si ces livres français qui ont tant de popularité en Europe, tant d’autorité, représentent vraiment la France, s’ils n’en ont pas montré certaines faces exceptionnelles, très défavorables, si ces peintures où l’on ne trouve guère que nos vices et nos laideurs, n’ont pas fait à notre pays un tort immense près des nations étrangères. Le talent, la bonne foi des auteurs, la libéralité connue de leurs principes, donnaient à leurs paroles un poids accablant. Le monde a reçu leurs livres comme un jugement terrible de la France sur elle-même.

La France a cela de grave contre elle, qu’elle se montre nue aux nations. Les autres, en quelque sorte, restent vêtues, habillées. L’Allemagne, l’Angleterre même, avec toutes ses enquêtes, toute sa publicité, sont en comparaison peu connues; elles ne peuvent se voir elles-mêmes, n’étant point centralisées.

Ce qu’on remarque le mieux sur une personne qui est nue, c’est telle ou telle partie qui sera défectueuse. Le défaut d’abord saute aux yeux. Que serait-ce, si une main obligeante plaçait sur ce défaut même un verre grossissant qui le rendrait colossal, qui l’illuminerait d’un jour terrible, impitoyable, au point que les accidents les plus naturels de la peau ressortiraient à l’œil effrayé!

Voilà précisément ce qui est arrivé à la France. Ses défauts incontestables, que l’activité infinie, le choc des intérêts, des idées, expliquent suffisamment, ont grossi sous la main de ses puissants écrivains, et sont devenus des monstres. Et voilà que l’Europe tout à l’heure la voit comme un monstre elle-même.

Rien n’a mieux servi; dans le monde politique, l’entente des honnêtes gens. Toutes les aristocraties, anglaise, russe, allemande, n’ont besoin que de montrer une chose en témoignage contre elle: les tableaux qu’elle fait d’elle-même par la main de ses grands écrivains, la plupart amis du peuple et partisans du progrès. Le peuple qu’on peint ainsi, n’est-ce pas l’effroi du monde? Y a-t-il assez d’armées, de forteresses, pour le cerner, le surveiller, jusqu’à ce qu’un moment favorable se présente pour l’accabler?

Des romans classiques, immortels, révélant les tragédies domestiques des classes riches et aisées, ont établi solidement dans la pensée de l’Europe, qu’il n’y a plus de famille en France.

D’autres, d’un grand talent, d’une fantasmagorie terrible, ont donné pour la vie commune de nos villes celle d’un point où la police concentre sous sa main les repris de justice et les forçats libérés.

Un peintre de genre, admirable par le génie du détail, s’amuse à peindre un horrible cabaret de campagne, une taverne de valetaille et de voleurs, et sous cette ébauche hideuse, il écrit hardiment un mot qui est le nom de la plupart des habitants de la France.

L’Europe lit avidement, elle admire, et reconnaît tel ou tel petit détail. D’un accident minime, dont elle sent la vérité, elle en conclut facilement la vérité du tout.

Nul peuple ne résisterait à une telle épreuve. Cette manie singulière de se dénigrer soi-même, d’étaler ses plaies et comme d’aller chercher la honte, serait mortelle à la longue. Beaucoup, je le sais, maudissent ainsi le présent, pour hâter un meilleur avenir; ils exagèrent les maux pour nous faire jouir plus vite de la félicité que leurs théories nous préparent[2]Prenez garde, pourtant, prenez garde. Ce jeu-là est dangereux. L’Europe ne s’informe guère de toutes ces habiletés. Si nous nous disons méprisables, elle pourra bien nous croire. L’Italie avait encore une grande force au seizième siècle. Le pays de Michel-Ange et de Christophe Colomb ne manquait pas d’énergie. Mais lorsqu’elle se fut proclamée misérable, infâme, par la voix de Machiavel, le monde la prit au mot, et marcha dessus.

Nous ne sommes pas l’Italie, grâce à Dieu, et le jour où le monde s’entendrait pour venir voir de près la France, serait salué par nos soldats comme le plus beau de leurs jours.

Qu’il suffise aux nations de bien savoir que ce peuple n’est nullement conforme à ses prétendus portraits. Ce n’est pas que nos grands peintres aient été toujours infidèles; mais ils ont peint généralement des détails exceptionnels, des accidents, tout au plus, dans chaque genre, la minorité, le second côté des choses. Les grandes faces leur paraissaient trop connues, triviales, vulgaires. Il leur fallait des effets, et ils les ont cherchés souvent dans ce qui s’écartait de la vie normale. Nés de l’agitation, de l’émeute, pour ainsi dire, ils ont eu la force orageuse, la passion, la touche vraie parfois aussi bien que fine et forte;—généralement, il leur a manqué le sens de la grande harmonie.

Les romantiques avaient cru que l’art était surtout dans le laid. Ceux-ci ont cru que les effets d’art les plus infaillibles étaient dans le laid moral. L’amour errant leur a semblé plus poétique que la famille, et le vol que le travail, et le bagne que l’atelier. S’ils étaient descendus eux-mêmes, par leurs souffrances personnelles, dans les profondes réalités de la vie de cette époque, ils auraient vu que la famille, le travail, la plus humble vie du peuple, ont d’eux-mêmes une poésie sainte. La sentir et la montrer, ce n’est point l’affaire du machiniste; il n’y faut multiplier les accidents de théâtre. Seulement, il faut des yeux faits à cette douce lumière, des yeux pour voir dans l’obscur, dans le petit et dans l’humble, et le cœur aussi aide à voir dans ces recoins du foyer et ces ombres de Rembrandt.

Dès que nos grands écrivains ont regardé là, ils ont été admirables. Mais généralement, ils ont détourné les yeux vers le fantastique, le violent, le bizarre, l’exceptionnel. Ils n’ont daigné avertir qu’ils peignaient l’exception. Les lecteurs, surtout étrangers, ont cru qu’ils peignaient la règle. Ils ont dit: «Ce peuple est tel.»

Et moi, qui en suis sorti, moi qui ai vécu avec lui, travaillé, souffert avec lui, qui plus qu’un autre ai acheté le droit de dire que je le connais, je viens poser contre tous la personnalité du peuple.

Cette personnalité, je ne l’ai point prise à la surface dans ses aspects pittoresques ou dramatiques; je ne l’ai point vue du dehors, mais expérimentée au dedans. Et, dans cette expérience même, plus d’une chose intime du peuple, qu’il a en lui sans la comprendre, je l’ai comprise, pourquoi? Parce que je pouvais la suivre dans ses origines historiques, la voir venir du fond du temps. Celui qui veut s’en tenir au présent, à l’actuel, ne comprendra pas l’actuel. Celui qui se contente de voir l’extérieur, de peindre la forme, ne saura pas même la voir: pour la voir avec justesse, pour la traduire fidèlement, il faut savoir ce qu’elle couvre; nulle peinture sans anatomie.

Ce n’est pas dans ce petit livre que je puis enseigner une telle science. Il me suffit de donner, en supprimant tout détail de méthode, d’érudition, de travail préparatoire, quelques observations essentielles dans l’état de nos mœurs, quelques résultats généraux.

Un mot seulement ici:

Le trait éminent, capital, qui m’a toujours frappé le plus, dans ma longue étude du peuple, c’est que, parmi les désordres de l’abandon, les vices de la misère, j’y trouvais une richesse de sentiment et une bonté de cœur très rares dans les classes riches. Tout le monde, au reste, a pu l’observer; à l’époque du choléra, qui a adopté les enfants orphelins? les pauvres.

La faculté du dévouement, la puissance du sacrifice, c’est, je l’avoue, ma mesure pour classer les hommes. Celui qui l’a au plus haut degré est plus près de l’héroïsme. Les supériorités de l’esprit, qui résultent en partie de la culture, ne peuvent jamais entrer en balance avec cette faculté souveraine.

À ceci on fait ordinairement une réponse: «Les gens du peuple sont généralement peu prévoyants; ils suivent un instinct de bonté, l’aveugle élan d’un bon cœur, parce qu’ils ne devinent point tout ce qu’il en pourra coûter.» L’observation fût-elle juste, elle ne détruit nullement ce qu’on peut observer aussi du dévouement persévérant, du sacrifice infatigable dont les familles laborieuses donnent si souvent l’exemple, dévouement qui ne s’épuise même pas dans l’entière immolation d’une vie, mais se continue souvent de l’une à l’autre, pendant plusieurs générations.

J’aurais ici de belles histoires à raconter, et nombreuses. Je ne le puis. La tentation est pourtant forte pour moi, mon ami, de vous en dire une seule, celle de ma propre famille. Vous ne la savez pas encore; nous causons plus souvent de matières philosophiques ou politiques que de détails personnels. Je cède à cette tentation. C’est pour moi une rare occasion de reconnaître les sacrifices persévérants, héroïques, que ma famille m’a faits, et de remercier mes parents, gens modestes, dont quelques-uns ont enfoui dans l’obscurité des dons supérieurs, et n’ont voulu vivre qu’en moi.

Les deux familles dont je procède, l’une picarde et l’autre ardennaise, étaient originairement des familles de paysans qui mêlaient à la culture un peu d’industrie. Ces familles étant fort nombreuses (douze enfants, dix-neuf enfants), une grande partie des frères et des sœurs de mon père et de ma mère ne voulurent pas se marier pour faciliter l’éducation de quelques-uns des garçons que l’on mettait au collège. Premier sacrifice que je dois noter.

Dans ma famille maternelle particulièrement, les sœurs, toutes remarquables par l’économie, le sérieux, l’austérité, se faisaient les humbles servantes de messieurs leurs frères, et pour suffire à leurs dépenses elles s’enterraient au village. Plusieurs cependant, sans culture et dans cette solitude sur la lisière des bois, n’en avaient pas moins une très fine fleur d’esprit. J’en ai entendu une, bien âgée, qui contait les anciennes histoires de la frontière aussi bien que Walter Scott. Ce qui leur était commun, c’était une extrême netteté d’esprit et de raisonnement. Il y avait force prêtres dans les cousins et parents, des prêtres de diverses sortes, mondains, fanatiques; mais ils ne dominaient point. Nos judicieuses et sévères demoiselles ne leur donnaient la moindre prise. Elles racontaient volontiers qu’un de nos grands-oncles (du nom de Michaud? ou Paillart?) avait été brûlé jadis pour avoir fait certain livre.

Le père de mon père qui était maître de musique à Laon, ramassa sa petite épargne après la Terreur, et vint à Paris, où mon père était employé à l’imprimerie des assignats. Au lieu d’acheter de la terre, comme faisaient alors tant d’autres, il confia ce qu’il avait à la fortune de mon père, son fils aîné, et mit le tout dans une imprimerie au hasard de la Révolution. Un frère, une sœur de mon père, ne se marièrent point, pour faciliter l’arrangement, mais mon père se maria; il épousa une de ces sérieuses demoiselles ardennaises dont je parlais tout à l’heure. Je naquis en 1798, dans le chœur d’une église de religieuses, occupée alors par notre imprimerie; occupée, et non profanée; qu’est-ce que la Presse, au temps moderne, sinon l’arche sainte?

Cette imprimerie prospéra d’abord, alimentée par les débats de nos assemblées, par les nouvelles des armées, par l’ardente vie de ce temps. Vers 1800, elle fut frappée par la grande suppression des journaux. On ne permit à mon père qu’un journal ecclésiastique, et l’entreprise commencée avec beaucoup de dépenses, l’autorisation fut brusquement retirée, pour être donnée à un prêtre que Napoléon croyait sûr, et qui le trahit bientôt.

On sait comment ce grand homme fut puni par les prêtres mêmes d’avoir cru le sacre de Rome meilleur que celui de la France. Il vit clair en 1810. Sur qui tomba son courroux?… sur la Presse; il la frappa de seize décrets en deux ans. Mon père, à demi ruiné par lui au profit des prêtres, le fut alors tout à fait en expiation de leur faute.

Un matin, nous recevons la visite d’un Monsieur plus poli que ne l’étaient généralement les agents impériaux, lequel nous apprend que S. M. l’Empereur a réduit le nombre des imprimeurs à soixante; les plus gros sont conservés, les petits sont supprimés, mais avec bonne indemnité, à peu près sur le pied de quatre sols pour quatre francs. Nous étions de ces petits: se résigner, mourir de faim, il n’y avait rien de plus à faire. Cependant, nous avions des dettes. L’Empereur ne nous donnait pas de sursis contre les Juifs, comme il l’avait fait pour l’Alsace. Nous ne trouvâmes qu’un moyen; c’était d’imprimer pour nos créanciers quelques ouvrages qui appartenaient à mon père. Nous n’avions plus d’ouvriers, nous fîmes ce travail nous-mêmes. Mon père qui vaquait aux affaires du dehors, ne pouvait nous y aider. Ma mère, malade, se fit brocheuse, coupa, plia. Moi, enfant, je composai. Mon grand-père, très faible et vieux, se mit au dur ouvrage de la presse, et il imprima de ses mains tremblantes.

Ces livres que nous imprimions, et qui se vendaient assez bien, contrastaient singulièrement par leur futilité avec ces années tragiques d’immenses destructions. Ce n’était que petit esprit, petits jeux, amusements de société, charades, acrostiches. Il n’y avait là rien pour nourrir l’âme du jeune compositeur. Mais, justement, la sécheresse, le vide de ces tristes productions me laissaient d’autant plus libre. Jamais, je crois, je n’ai tant voyagé d’imagination que pendant que j’étais immobile à cette casse. Plus mes romans personnels s’animaient dans mon esprit, plus ma main était rapide, plus la lettre se levait vite… J’ai compris dès lors que les travaux manuels qui n’exigent ni délicatesse extrême, ni grand emploi de la force, ne sont nullement des entraves pour l’imagination. J’ai connu plusieurs femmes distinguées qui disaient ne pouvoir bien penser, ni bien causer, qu’en faisant de la tapisserie.

J’avais douze ans, et ne savais rien encore, sauf quatre mots de latin, appris chez un vieux libraire, ex-magister de village, passionné pour la grammaire, homme de mœurs antiques, ardent révolutionnaire, qui n’en avait pas moins sauvé au péril de sa vie ces émigrés qu’il détestait. Il m’a laissé en mourant tout ce qu’il avait au monde, un manuscrit, une très remarquable grammaire, incomplète, n’ayant pu y consacrer que trente ou quarante années.

Très solitaire et très libre, laissé tout à fait sur ma foi par l’indulgence excessive de mes parents, j’étais tout imaginatif. J’avais lu quelques volumes qui m’étaient tombés sous la main, une Mythologie, un Boileau, quelques pages de l’Imitation.

Dans les embarras extrêmes, incessants, de ma famille, ma mère étant malade, mon père si occupé au dehors, je n’avais reçu encore aucune idée religieuse… Et voilà que dans ces pages j’aperçois tout à coup, au bout de ce triste monde, la délivrance de la mort, l’autre vie et l’espérance! La religion reçue ainsi, sans intermédiaire humain, fut très forte en moi. Elle me resta comme chose mienne, chose libre, vivante, si mêlée à ma vie qu’elle s’alimenta de tout, se fortifiant sur la route d’une foule de choses tendres et saintes, dans l’art et dans la poésie, qu’à tort on lui croit étrangères.

Comment dire l’état de rêve où me jetèrent ces premières paroles de l’Imitation? Je ne lisais pas, j’entendais… comme si cette voix douce et paternelle se fût adressée à moi-même… Je vois encore la grande chambre froide et démeublée, elle me parut vraiment éclairée d’une lueur mystérieuse… Je ne pus aller bien loin dans ce livre, ne comprenant pas le Christ, mais je sentis Dieu.

Ma plus forte impression d’enfance, après celle-là, c’est le Musée des monuments français, si malheureusement détruit. C’est là, et nulle autre part, que j’ai reçu d’abord la vive impression de l’histoire. Je remplissais ces tombeaux de mon imagination, je sentais ces morts à travers les marbres, et ce n’était pas sans quelque terreur que j’entrais sous les voûtes basses où dormaient Dagobert, Chilpéric et Frédégonde.

Le lieu de mon travail, notre atelier, n’était guère moins sombre. Pendant quelque temps, ce fut une cave, cave pour le boulevard où nous demeurions, rez-de-chaussée pour la rue basse. J’y avais pour compagnie, parfois mon grand-père, quand il y venait, mais toujours, très assidûment, une araignée laborieuse qui travaillait près de moi, et plus que moi, à coup sûr.

Parmi des privations fort dures et bien au delà de ce que supportent les ouvriers ordinaires, j’avais des compensations: la douceur de mes parents, leur foi dans mon avenir, inexplicable vraiment, quand on songe combien j’étais peu avancé. J’avais, sauf les nécessités du travail, une extrême indépendance, dont je n’abusai jamais. J’étais apprenti, mais sans contact avec des gens grossiers, dont la brutalité aurait peut-être brisé en moi cette fleur de liberté. Le matin, avant le travail, j’allais chez mon vieux grammairien, qui me donnait cinq ou six lignes de devoir. J’en ai retenu ceci, que la quantité du travail y faisait bien moins qu’on ne croit; les enfants n’en prennent jamais qu’un peu tous les jours; c’est comme un vase dont l’entrée est étroite; versez peu, versez beaucoup, il n’y entrera jamais beaucoup à la fois.

Malgré mon incapacité musicale, qui désolait mon grand-père, j’étais très sensible à l’harmonie majestueuse et royale du latin; cette grandiose mélodie italique me rendait comme un rayon du soleil méridional. J’étais né, comme une herbe sans soleil, entre deux pavés de Paris. Cette chaleur d’un autre climat opéra si bien sur moi, qu’avant de rien savoir de la quantité, du rythme savant des langues antiques, j’avais cherché et trouvé dans mes thèmes des mélodies romano-rustiques, comme les proses du Moyen-âge. Un enfant, pour peu qu’il soit libre, suit précisément la route que suivent les peuples enfants.

Sauf les souffrances de la pauvreté, très grandes pour moi l’hiver, cette époque, mêlée de travail manuel, de latin et d’amitié (j’eus un instant un ami et j’en parle dans ce livre), est très douce à mon souvenir. Riche d’enfance, d’imagination, d’amour peut-être déjà, je n’enviais rien à personne. Je l’ai dit: l’homme de lui-même ne saurait point l’envie, il faut qu’on la lui apprenne.

Cependant, tout s’assombrit. Ma mère devient plus malade, la France aussi (Moscou!… 1813!…) L’indemnité est épuisée. Dans notre extrême pénurie, un ami de mon père lui propose de me faire entrer à l’Imprimerie impériale. Grande tentation pour mes parents! D’autres n’auraient pas hésité. Mais la foi avait toujours été grande dans notre famille: d’abord la foi dans mon père, à qui tous s’étaient immolés; puis la foi en moi; moi, je devais tout réparer, tout sauver…

Si mes parents, obéissant à la raison, m’avaient fait ouvrier, et s’étaient sauvés eux-mêmes, aurais-je été perdu, moi? Non, je vois parmi les ouvriers des hommes de grand mérite, qui pour l’esprit valent bien les gens de lettres, et mieux pour le caractère… Mais enfin, quelles difficultés aurais-je rencontrées! quelle lutte contre le manque de tous les moyens! contre la fatalité du temps!… Mon père sans ressources et ma mère malade décidèrent que j’étudierais, quoi qu’il arrivât.

Notre situation pressait. Ne sachant ni vers ni grec, j’entrai en troisième au collège de Charlemagne. Mon embarras, on le comprend, n’ayant nul maître pour m’aider. Ma mère, si ferme jusque-là, se désespéra et pleura. Mon père se mit à faire des vers latins, lui qui n’en avait fait jamais.

Le meilleur encore pour moi, dans ce terrible passage de la solitude à la foule, de la nuit au jour, c’était sans contredit le professeur, M. Andrieu d’Alba, homme de cœur, homme de Dieu. Le pis, c’étaient les camarades. J’étais justement au milieu d’eux, comme un hibou en plein jour, tout effarouché. Ils me trouvaient ridicule, et je crois maintenant qu’ils avaient raison. J’attribuais alors leurs risées à ma mise, à ma pauvreté. Je commençai à m’apercevoir d’une chose: Que j’étais pauvre.

Je crus tous les riches mauvais, tous les hommes; je n’en voyais guère qui ne fussent plus riches que moi. Je tombai dans une misanthropie rare chez les enfants. Dans le quartier le plus désert de Paris, le Marais, je cherchais les rues désertes… Toutefois, dans cette antipathie excessive pour l’espèce humaine, il restait ceci de bon: Je n’avais aucune envie.

Mon charme le plus grand, qui me remettait le cœur, c’était le dimanche ou le jeudi, de lire deux, trois fois de suite un chant de Virgile, un livre d’Horace. Peu à peu, je les retenais; du reste, je n’ai jamais pu apprendre une seule leçon par cœur.

Je me rappelle que dans ce malheur accompli, privations du présent, craintes de l’avenir, l’ennemi étant à deux pas (1814!), et mes ennemis à moi se moquant de moi tous les jours, un jour, un jeudi matin, je me ramassai sur moi-même: sans feu (la neige couvrait tout), ne sachant pas trop si le pain viendrait le soir, tout semblait finir pour moi,—j’eus en moi, sans nul mélange d’espérance religieuse, un pur sentiment stoïcien,—je frappai de ma main, crevée par le froid, sur ma table de chêne (que j’ai toujours conservée), et sentis une joie virile de jeunesse et d’avenir.

Qu’est-ce que je craindrais maintenant, mon ami, dites-le-moi? moi, qui suis mort tant de fois, en moi-même, et dans l’Histoire.—Et qu’est-ce que je désirerais?… Dieu m’a donné, par l’histoire, de participer à toute chose.

La vie n’a sur moi qu’une prise, celle que j’ai ressentie le 12 février dernier, environ trente ans après. Je me retrouvais dans un jour semblable, également couvert de neige, en face de la même table. Une chose me monta au cœur: «Tu as chaud, les autres ont froid… cela n’est pas juste… Oh! qui me soulagera de la dure inégalité?» Alors, regardant celle de mes mains qui depuis 1813 a gardé la trace du froid, je me dis pour me consoler: «Si tu travaillais avec le peuple, tu ne travaillerais pas pour lui… Va donc, si tu donnes à la patrie son histoire, je t’absoudrai d’être heureux.»

Je reviens. Ma foi n’était pas absurde; elle se fondait sur la volonté. Je croyais à l’avenir, parce que je le faisais moi-même. Mes études finirent bien et vite[3]. J’eus le bonheur, à la sortie, d’échapper aux deux influences qui perdaient les jeunes gens, celle de l’école doctrinaire, majestueuse et stérile, et la littérature industrielle, dont la librairie, à peine ressuscitée, accueillait alors facilement les plus malheureux essais.

Je ne voulus point vivre de ma plume. Je voulus un vrai métier; je pris celui que mes études me facilitaient, l’enseignement. Je pensai dès lors, comme Rousseau, que la littérature doit être la chose réservée, le beau luxe de la vie, la fleur intérieure de l’âme. C’était un grand bonheur pour moi lorsque, dans la matinée, j’avais donné mes leçons, de rentrer dans mon faubourg, près du Père-Lachaise, et là paresseusement de lire tout le jour les poètes, Homère, Sophocle, Théocrite, parfois les historiens. Un de mes anciens camarades et de mes plus chers amis, M. Poret, faisait les mêmes lectures, dont nous conférions ensemble, dans nos longues promenades au bois de Vincennes.

Cette vie insoucieuse ne dura guère moins de dix ans, pendant lesquels je ne me doutais pas que je dusse écrire jamais. J’enseignais concurremment les langues, la philosophie et l’histoire. En 1821, le concours m’avait fait professeur dans un collège. En 1827, deux ouvrages qui parurent en même temps, mon Vico et mon Précis d’histoire moderne, me firent professeur à l’École normale[4].

L’enseignement me servit beaucoup. La terrible épreuve du collège avait changé mon caractère, m’avait comme serré et fermé, rendu timide et défiant. Marié jeune, et vivant dans une grande solitude, je désirais de moins en moins la société des hommes. Celle que je trouvai dans mes élèves, à l’École normale et ailleurs, rouvrit mon cœur, le dilata. Ces jeunes générations, aimables et confiantes, qui croyaient en moi, me réconcilièrent à l’humanité. J’étais touché, attristé souvent aussi, de les voir se succéder devant moi si rapidement. À peine m’attachais-je, que déjà ils s’éloignaient. Les voilà tous dispersés, et plusieurs (si jeunes!) sont morts. Peu m’ont oublié; pour moi, vivants ou morts, je ne les oublierai jamais.

Ils m’ont rendu, sans le savoir, un service immense. Si j’avais, comme historien, un mérite spécial qui me soutînt à côté de mes illustres prédécesseurs, je le devrais à l’enseignement, qui pour moi fut l’amitié. Ces grands historiens ont été brillants, judicieux, profonds. Moi, j’ai aimé davantage.

J’ai souffert davantage aussi. Les épreuves de mon enfance me sont toujours présentes, j’ai gardé l’impression du travail, d’une vie âpre et laborieuse, je suis resté peuple.

Je le disais tout à l’heure, j’ai crû comme une herbe entre deux pavés, mais cette herbe a gardé sa sève, autant que celle des Alpes. Mon désert dans Paris même, ma libre étude et mon libre enseignement (toujours libre et partout le même) m’ont agrandi, sans me changer. Presque toujours, ceux qui montent y perdent, parce qu’ils se transforment; ils deviennent mixtes, bâtards; ils perdent l’originalité de leur classe, sans gagner celle d’une autre. Le difficile n’est pas de monter, mais, en montant, de rester soi.

Souvent aujourd’hui l’on compare l’ascension du peuple, son progrès, à l’invasion des Barbares. Le mot me plaît, je l’accepte… Barbares! Oui, c’est-à-dire pleins d’une sève nouvelle, vivante et rajeunissante; Barbares, c’est-à-dire voyageurs en marche vers la Rome de l’avenir, allant lentement, sans doute, chaque génération avançant un peu, faisant halte dans la mort; mais d’autres n’en continuent pas moins.

Nous avons, nous autres Barbares, un avantage naturel; si les classes supérieures ont la culture, nous avons bien plus de chaleur vitale. Elles n’ont ni le travail fort, ni l’intensité, l’âpreté, la conscience dans le travail. Leurs élégants écrivains, vrais enfants gâtés du monde, semblent glisser sur les nues, ou bien, fièrement excentriques, ils ne daignent regarder la terre; comment la féconderaient-ils? Elle demande, cette terre, à boire la sueur de l’homme, à s’empreindre de sa chaleur et de sa vertu vivante. Nos Barbares lui prodiguent tout cela, elle les aime. Eux, ils aiment infiniment, et trop, se donnant parfois au détail, avec la sainte gaucherie d’Albert Dürer, ou le poli excessif de Jean-Jacques, qui ne cache pas assez l’art; par ce détail minutieux ils compromettent l’ensemble. Il ne faut pas trop les blâmer: c’est l’excès de la volonté, la surabondance d’amour, parfois le luxe de sève; cette sève, mal dirigée, tourmentée, se fait tort à elle-même, elle veut tout donner à la fois, les feuilles, les fruits et les fleurs, elle courbe et tord les rameaux.

Ces défauts des grands travailleurs se trouvent souvent dans mes livres, qui n’ont pas leurs qualités. N’importe! ceux qui arrivent ainsi, avec la sève du peuple, n’en apportent pas moins dans l’art un degré nouveau de vie et de rajeunissement, tout au moins un grand effort. Ils posent ordinairement le but plus haut, plus loin, que les autres, consultant peu leurs forces, mais plutôt leur cœur. Que ce soit là ma part dans l’avenir, d’avoir, non pas atteint, mais marqué le but de l’histoire, de l’avoir nommée d’un nom que personne n’avait dit. Thierry l’appelait narration et M. Guizot analyse. Je l’ai nommée résurrection et ce nom lui restera.

Qui serait plus sévère que moi, si je faisais la critique de mes livres! le public m’a trop bien traité. Celui que je donne aujourd’hui, croit-on que je ne voie pas combien il est imparfait?… «Pourquoi, alors, publiez-vous? Vous avez donc à cela un grand intérêt?»

Un intérêt?… Plusieurs, comme vous allez voir. D’abord, j’y perds plusieurs de mes amitiés. Puis, je sors d’une position tranquille, toute conforme à mes goûts. J’ajourne mon grand livre, le monument de ma vie.

—Pour entrer dans la vie publique apparemment?—Jamais. Je me suis jugé! Je n’ai ni la santé, ni le talent, ni le maniement des hommes.

—Pourquoi donc alors…?—Si vous voulez le savoir absolument, je vous le dirai.

Je parle, parce que personne ne parlerait à ma place. Non qu’il n’y ait une foule d’hommes plus capables de le faire, mais tous sont aigris, tous haïssent. Moi, j’aimais encore… Peut-être aussi savais-je mieux les précédents de la France; je vivais de sa grande vie éternelle, et non de la situation. J’étais plus vivant de sympathies, plus mort d’intérêts; j’arrivais aux questions avec le désintéressement des morts.

Je souffrais d’ailleurs bien plus qu’un autre du divorce déplorable que l’on tâche de produire entre les hommes, entre les classes, moi qui les ai tous en moi.

La situation de la France est si grave qu’il n’y avait pas moyen d’hésiter. Je ne m’exagère pas ce que peut un livre; mais il s’agit du devoir, et nullement du pouvoir.

Eh bien! je vois la France baisser d’heure en heure, s’abîmer comme une Atlantide. Pendant que nous sommes là, à nous quereller, ce pays enfonce.

Qui ne voit, d’Orient et d’Occident, une ombre de mort peser sur l’Europe, et que chaque jour il y a moins de soleil, et que l’Italie a péri, et que l’Irlande a péri, et que la Pologne a péri… Et que l’Allemagne veut périr!… Ô Allemagne, Allemagne!…

Si la France mourait de mort naturelle, si les temps étaient venus, je me résignerais peut-être, je ferais comme le voyageur sur un vaisseau qui va sombrer, je m’envelopperais la tête, et me remettrais à Dieu… Mais la situation n’est pas du tout celle-là, et c’est là ce qui m’indigne: notre ruine est absurde, ridicule, elle ne vient que de nous. Qui a une littérature, qui domine encore la pensée européenne? Nous, tout affaiblis que nous sommes. Qui a une armée? Nous seuls.

L’Angleterre et la Russie, deux géants faibles et bouffis, font illusion à l’Europe. Grands Empires, et faibles peuples!… Que la France soit une, un instant; elle est forte comme le monde.

La première chose, c’est qu’avant la crise[5], nous nous reconnaissions bien, et que nous n’ayons pas, comme en 1792, comme en 1815, à changer de front, de manœuvre et de système en présence de l’ennemi.

La seconde chose, c’est que nous nous fiions à la France, et point du tout à l’Europe.

Ici, chacun va chercher ses amis ailleurs[6], le politique à Londres, le philosophe à Berlin; le communiste dit: Nos frères les Chartistes.—Le paysan seul a gardé la tradition du salut; un Prussien pour lui est un Prussien, un Anglais est un Anglais.—Son bon sens a eu raison, contre vous tous, humanitaires! La Prusse, votre amie, et l’Angleterre, votre amie, ont bu l’autre jour à la France la santé de Waterloo.

Enfants, enfants, je vous le dis: Montez sur une montagne, pourvu qu’elle soit assez haute; regardez aux quatre vents, vous ne verrez qu’ennemis.

Tâchez donc de vous entendre. La paix perpétuelle que quelques-uns vous promettent (pendant que les arsenaux fument!… voyez cette noire fumée sur Cronstadt et sur Portsmouth), essayons, cette paix, de la commencer entre nous. Nous sommes divisés sans doute, mais l’Europe nous croit plus divisés que nous ne sommes. Voilà ce qui l’enhardit. Ce que nous avons de dur à nous dire, disons-le, versons notre cœur, ne cachons rien des maux, et cherchons bien les remèdes.

Un peuple! une patrie! une France!… Ne devenons jamais deux nations, je vous prie.

Sans l’unité, nous périssons. Comment ne le sentez-vous pas?

Français, de toute condition, de toute classe et de tout parti, retenez bien une chose, vous n’avez sur cette terre qu’un ami sûr, c’est la France. Vous aurez toujours, pardevant la coalition, toujours subsistante, des aristocraties, un crime, d’avoir, il y a cinquante ans, voulu délivrer le monde. Ils ne l’ont pas pardonné, et ne le pardonneront pas. Vous êtes toujours leur danger. Vous pouvez vous distinguer entre vous par différents noms de partis. Mais vous êtes, comme Français, condamnés d’ensemble. Pardevant l’Europe, la France, sachez-le, n’aura jamais qu’un seul nom, inexpiable, qui est son vrai nom éternel: La Révolution!

24 janvier 1846.

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